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04 septembre 2014

H pour Hochelaga


Hochelaga.  C'est le nom de la bourgade iroquoise qui occupait le territoire quand Jacques-Cartier est arrivé sur l'ile de Montréal en 1535.  Il n'est évidemment pas arrivé par le pont qui porte aujourd'hui son nom.  Yvon Deschamps disait que notre ami Cartier était entré sur l'ile en remontant la rue Delorimier, car Papineau est sens-unique vers le sud dans la section qui mène à la rive.  Je veux aujourd'hui parler des noms et des administrations qui sont dans Montréal sources de bien de mots, mais surtout de beaucoup de maux.

J'ai déjà dit dans un blogue antérieur que l'endroit où on est et l'endroit d'où on vient sont bien relatifs.  Quand on est en Europe, on commence par dire qu'on vient du Canada, ensuite on précise Montréal si nécessaire, même si on vit à Bromont.  Si on est à Toronto, on dira qu'on vient du Québec, près de Montréal et peut-être même qu'on précisera Bromont.  Et si on est à Brigham, on dira même qu'on vit près de la rue Shefford.  Sur Jupiter, on dirait qu'on vient de la Terre. Après t'avoir jasé des rues (A) et des autoroutes (D), je reviens de nouveau sur l'orientation, mais cette fois, je vais m'attarder sur les lignes pointillées qui tapissent les cartes.

Ainsi donc, Hochelaga tel que découvert par notre ami Jack, deviendra Ville-Marie sous l'appellation des religieux européens.  En 1642, Paul Chomedey de Maisonneuve, Jeanne-Mance et Marguerite Bourgeoys dirigent une colonie sur l'ile et réussissent à repousser les attaques amérindiennes (ç'a finit en tirs de barrage).  Finalement, on ne retiendra que le nom de Maisonneuve comme fondateur de la ville, car les femmes n'ont pas droit au chapitre dans ce temps là.  C'est déjà un exploit qu'on se rappelle de leur nom.  Le Mont-Royal (par sa racine latine) donnera plus tard son nom à la ville.

Les choses se compliquent par la suite.  Montréal évolue au pied de la montagne, alors que des paroisses éparpillées sur l'ile se constituent en municipalités.  Ce qu'on croirait être une ile homogène et unie est en fait une courtepointe d'anciens villages.  Au cours du 20e siècle, Montréal est demeurée la métropole du Canada, malgré que la très grande majorité de l'ile n'était pas partie intégrante de la ville (Toronto prendra éventuellement le haut du pavé en population).  L'étalement urbain a fini par avoir raison de presque tous les champs et les fermes de l'ile pour donner un grand territoire urbain ininterrompu, mais traversé par des dizaines de frontières municipales.  Avant 2002, si tu avais demeuré à l'endroit où tu es maintenant, tu n'aurais pas ton adresse à Montréal, mais à Ville de Lasalle.  Lasalle tient son nom de Robert Cavelier de Lasalle, un explorateur qui a découvert la Louisiane en cherchant la Chine.  C'est ce qui donne son nom à Lachine (près de chez-vous).  Sérieux !

Ainsi donc, au tournant des années 2000, le maire d'alors Pierre Bourque (rien à voir avec Rene ou Raymond) a lancé l'idée "Une ile, une ville".  Une idée appuyée sur le fait qu'à plusieurs, on est plus fort, on évite les dédoublements et on économise.  Le gouvernement du Québec force la main de plusieurs municipalités qui se rebiffent, mais en 2002, Lasalle, Verdun, St-Michel, St-Léonard, Anjou, mais aussi Beaconsfield, Hampstead, Pointe-Claire, toutes les villes de l'ile deviennent des arrondissements de la nouvelle ville de Montréal.  Mais ça n'allait pas durer, le gouvernement Charest est élu en 2003 avec la promesse de permettre aux villes qui veulent défusionner de pouvoir le faire.  14 villes se défusionnent illico.  Quel bordel.  On se retrouve alors avec un Montréal en gruyère.

Tu demeures donc maintenant à Montréal, dans l'arrondissement Lasalle.  Si tu as affaire aux autorités de la ville, saches que tu as une mairesse d'arrondissement (qui est aussi conseillère à la ville centre), deux autres conseillers pour la ville centre, quatre conseillers d'arrondissement, en plus du maire Coderre (le maire de la ville).  Tous ces gens là sont élus.  L'arrondissement a des pouvoirs concernant son budget, le déneigement, l'enlèvement des ordures, le stationnement et les parcs.   Au total, en plus du maire Coderre, c'est 18 maires d'arrondissement (qui peuvent aussi être des quartiers) et 46 autres conseillers qui s'assoient au Conseil Municipal de Montréal.  Chaque arrondissement a aussi son conseil d'arrondissement de 4 ou 5 conseillers.  Si ce n'était pas assez, il y aussi le Conseil d'Agglomération, une autre bibitte qui permet au maire Coderre, 15 conseillers de Montréal et les maires des 14 autres municipalités défusionnées (en 2003) de jaser d'eau, de transport, de pompiers et autres choses compliquées.


Pour faire simple, il faut ajouter que le pont Champlain, le pont Jacques-Cartier et une portion du pont Mercier appartient au gouvernement fédéral et que le pont Victoria appartient à la compagnie ferrovière Canadien National.  Les autoroutes sont évidemment de compétence provinciale.  Alors, que ce soit pour le transport, l'amélioration de la qualité de vie, la réduction de la complexité ou l'amélioration des infrastructures, quand le maire Coderre fait une annonce, dis-toi que c'est un voeu qui devra être révisé et accepté par deux autres ordres de gouvernement la plupart du temps, et ce, seulement quand il aura réussi à convaincre tous les petits fiefs qui paralysent la grande-ville. Marc Bergevin a les coudées plus franches avec sa gang de millionnaires.

Mon objectif numéro 1 est atteint: Te décourager de devenir politicienne ou administratrice dans le secteur public.  La vérité est et sera toujours dans la science.

En 2017, ce sera donc le 375e anniversaire de Montréal.  Peut-être que tu y seras encore pour participer aux célébrations.  Je me rappelle bien des célébrations du 350e en 1992.  Nous demeurions dans Ahunstic près de la station Henri-Bourassa (et oui, je travaillais à Bromont !).  Il y avait eu un feu d'artifices monstre dans le port.  J'y étais allé avec Monia et mon frère Marc-André.  Je ne me souviens pas d'avoir vu autant de monde dans la rue.  Après la fête, on avait fait la file pour entrer dans le Métro (le train, pas l'épicerie).  Marc-André avait une envie de pisser sans précédent.  Il a eu beau poliment implorer des commerçants, des préposés du métro, des agents, personne n'a pu lui proposer une voie de soulagement.  Il s'est retenu jusque chez-nous (de Champ de Mars à Henri-Bourassa).  Je pense qu'il garde un souvenir du 350e encore plus limpide que nous.  :-)

Un petit H court et touchant.  Bientôt, on fait le point sur le I.



28 août 2014

D pour Détour


Détour.  Ce n'est pas un mot que tu risques de voir souvent si tu ne prends pas le volant.  Mais j'imagine que si tu trouvais la lampe d'Aladdin, je parie qu'un des trois souhaits aurait quatre roues, un moteur et une poche de hockey dans le coffre.  C'est un rêve d'étudiant depuis les années 50, mais c'est à y penser deux fois quand tu demeures dans une grande ville.

Quiconque a déjà été propriétaire d'une voiture se rappelle de sa première, surtout si elle a transporté ses cahiers et ses livres scolaires.  Mon frère m'avait vendu son superbe Oldsmobile Cutlass Ciera rouge198? à bon prix.  Mais un GM étant un GM, j'ai dû démarrer quelques fois avec un tournevis dans le carburateur (comme mon frère me l'avait bien expliqué) et surtout repartir assez souvent la radio intermittente avec une bonne claque sur le dessus du dashboard.  C'était quand même une voiture très propre, quoiqu'il aurait dû m'enseigner les rudiments de l'entretien régulier, mais le temps que ça aurait pris au prix qu'il me l'a vendue, ça n'aurait pas été très rentable pour lui, considérant mes aptitudes et et ma patience en mécanique.  Je l'ai eu jusqu'en mai 1991 pour faire la navette entre mon domicile de Sherbrooke, le travail à Bromont et la Polytechnique à Montréal.   En fait, mes derniers souvenirs de cette voiture sont un tête-à-queue sur la 10 avec Marc Hébert comme passager et un échange de baisers larmoyants avec Monia qui passait son dernier été à St-Louis, loin de son chum.  (J'espère juste que mes souvenirs ne s'inverseront pas en vieillissant.  Aussi il y a deux souvenirs distincts dans cette phrase, on n'était pas tous dans l'auto en même temps...)

J'invite les amis à commenter cette entrée pour nous présenter brièvement leur premier bolide.  Il me semble avoir connu des Chrysler LeBaron, des Volks Cabriolet et des Chevrolet Caprice.

Avoir une bagnole à Sherbrooke était bien sûr une bénédiction, malgré l'excellent système de transport en commun.  Pour Montréal, c'est une autre histoire.  Avoir une auto à Montréal, c'est souvent comme monter l'Everest en skateboard.  J'exagère comme une Pelletier, mais presque pas.  Le problème des grandes villes, c'est que le nombre de véhicules augmente plus vite qu'il est possible de planifier l'environnement urbain.  C'est encore plus vrai pour Montréal qui est une île et qui en plus vit présentement une revitalisation éternelle de ses infrastructures.  Vue de haut, la ville est orange.  Orange cône, orange pancarte de construction, orange signaleur, orange Crush.  Construction ou pas, probablement que pour des déplacements de moins de 15 km sur l'ile, un cycliste ou un piéton avec une carte de la STM va coiffer un automobiliste au fil d'arrivée la plupart du temps.  Surtout si l'automobiliste doit se stationner à l'arrivée.


Se stationner à Montréal relève non seulement de l'intelligence spatiale, car la majorité des stationnements se font en file dans la rue, mais aussi de l'intelligence analytique.  Il faut parfois utiliser l'algèbre linéaire, la théorie des ensembles et la lot des probabilités pour déterminer si une place de stationnement est permise et valable pour la période requise.  Ça c'est quand les pancartes n'ont pas pivoté au vent ou été tordues dans le mauvais sens par une déneigeuse.  La pancarte la plus répandue est celle qui ne permet le stationnement qu'aux résidents (identifiés par la vignette correspondant au quartier qui doit être bien visible dans une vitre de la voiture) selon certaines périodes de l'année et de la journée.  Il y a aussi plusieurs pancartes pour éviter que les voitures ne s'enracinent pour toujours sur le bord du trottoir. Elles empêchent donc le stationnement quelques heures pour des journées spécifiques, ce qui garantie que la voiture va libérer son espace au moins une fois la semaine.  Quelle galère.

Si tu te stationnes à un parcomètre, tu dois mémoriser le numéro de l'espace (L450 genre) et payer pour cet espace à la borne située un peu plus loin pour une période donnée.  Ces bornes acceptent les cartes de paiement.  Il y a évidemment un maximum d'utilisation consécutive ce qui oblige à revenir payer ou changer de place.  Si tu payes pour deux heures, que tu ne restes qu'une heure, tu ne récupères pas ton cash. Si 10 minutes après avoir libéré l'espace, un autre prend la place, il ne profitera pas de tes 50 minutes qui restent et il payera une autre fois pour la même heure.  Très payant pour la ville vs les anciennes machines mécaniques qu'on crinquait à la petite monnaie.

L'hiver, c'est pire que pire.  Il y a, en plus des interdictions régulières, le processus de déneigement qui installe des interdictions temporaires pour réussir à ramasser la neige.  Un remorqueur précède la déneigeuse et ramasse les voitures délinquantes au frais du propriétaire.  Mes pires souvenirs d'hiver quand on restait sur la rue Ste-Marguerite, ce sont les matins de tempête.  Nous n'avions pas de stationnement privé, alors je me stationnais dans la rue, déjà très étroite.  Je me levais déjà tôt pour me rendre à Bromont, mais les nuits de tempête, je devais me lever encore plus tôt, déneiger ma voiture qui était souvent totalement enchâssée dans la congère géante et compactée par la charrue.  Au retour du travail, évidemment, quelqu'un avait pris ma place pendant la journée en toute légalité, la rue étant à tout le monde.  Envoye, ressors ta pelle mon homme et fais toi un nouveau trou.

Pendant qu'on se cherche un stationnement (c'est souvent 80% du temps de déplacement du point A au point B), il y a quelques embuches à ne pas oublier.  Plusieurs de ceux qui ont compris que la voiture est un boulet se promènent à vélo été comme hiver.  En tant qu'automobiliste, il faut constamment s'assurer de ne pas faucher un cycliste, surtout dans les virages à droite, mais aussi à gauche.  La vérification de l'angle mort est pertinent plus que jamais.  En viraillant pour trouver une place, l'oeil chercheur oublie souvent de regarder les sens unique.  Prudence.  Aussi, sur l'ile, le virage à droite sur feu rouge est interdit (à moins d'avoir la flèche).  Une fois stationnée (maudite chanceuse, t'en as trouvé un), il faut ouvrir sa porte seulement après avoir regardé derrière pour éviter un emportièrage, c'est à dire, de pogner un cycliste en mouvement avec sa portière ouverte: over the bar, bonsoir il est parti.  Au mieux, il ne se casse que les bras, au pire, il rejoint la pomme qui est tombée de l'arbre à la lettre C.  On les aime les cyclistes.  Prudence.  Il n'est pas rare après avoir enfin trouvé la place, qu'on découvre qu'il y a une borne-fontaine (interdit), qu'on est trop prêt du coin de rue (interdit).  Mais plus souvent qu'autrement, on se gratte la tête plusieurs minutes en essayant de résoudre l'équation à 3 variables des cinq pancartes qui se contredisent.

Sinon, Montréal étant une île, les ponts sont des points d'étranglement majeurs.  Pour quelqu'un qui reste sur l'île, c'est moins pire que pour un habitant de la banlieue qui doit entrer et sortir quotidiennement, mais inévitablement la congestion déborde souvent sur les artères principales et finit par emmerder tout le monde.  La vague de cônes oranges affecte tous les ponts à divers degrés, surtout le Pont Champlain qui est au soins intensifs en attendant son remplacement.  C'est surtout aux heures de pointe qu'il faut éviter les ponts.  L'heure de pointe, c'est l'heure où la plupart des gens circulent pour se rendre et revenir du travail.  C'est donc du lundi au vendredi de 6:30 à 9:00 et de 16:00 à 18:00.  Ces heures tendent à s'étendre avec les années.

J'espère que tu es suffisamment découragée de t'acheter une voiture pendant que tu es à Montréal, mais comme on ne sait jamais, voici une représentation simple des grandes voies à retenir.  Les quatre accès à l'ile sont d'Ouest en Est:

  • Le Pont Mercier:  Accessible par l'autoroute 30, il mène directement à Lasalle.  C'est le chemin le plus intelligent pour connecter Cowansville et Lasalle.
  • Le Pont Champlain:  Ce pont, c'est l'autoroute 10 qui traverse le Fleuve.  Arrivé l'autre côté, tu as le choix de continuer sur la 10 en prenant Bonaventure à droite.  C'est le meilleur chemin entre Cowansville et le Centre-ville/Centre Bell.
  • Le Pont Victoria: Parfois fermé dans une direction.  Un bon dépanneur qu'on prend par la 132 (en entrée sur l'ile), mais difficile à planifier.
  • Le Pont Jacques-Cartier: Accessible par la 132 qui se prend de la 10 juste avant de monter sur le Pont Champlain.  Un bon choix si tu dois relier Cowansville à la portion est du Centre-ville (genre aller au Stade Olympique) ou si le Pont Champlain est jammé b'en dur.
  • Le Tunnel L-H Lafontaine: Ce tunnel est l'entrée à Montréal pour ceux qui arrivent de l'est sur la 20 (Québec genre).  Il débouche sur l'autoroute 25 Nord qui est un bon choix pour se rendre à Laval ou la rive-nord.

Sur l'île, les voies rapides encadrent le centre-ville:

  • L'autoroute 40 (Métropolitaine) traverse l'ile d'ouest en est.  Elle a un échangeur majeur avec l'Autoroute 15 (Décarie), l'échangeur Décarie.  Plus loin dans l'Est, la 40 croise la 25 à ce qu'on appelle l'Échangeur Anjou.
  • L'autoroute 15 (Décarie) est nord-sud et relie le Pont Champlain à la 40 (Métropolitaine) et dessert l'ouest.  La 20 croise aussi la 15 plus au sud dans ce qu'on appelle l'Échangeur Turcot.  La 15 mène aussi à Laval et à la rive-nord.
  • L'autoroute 20 (Transcanadienne) qui arrive de Québec, bifurque sur la rive-sud avant le Tunnel et se confond à la 132 jusqu'au Pont Champlain et part vers Toronto à L'Échangeur Turcot.  La 20 passe donc tout près de Lasalle sur sa route vers l'Ontario.
  • L'autoroute 720 (Ville-Marie) traverse le sud du Centre-Ville entre l'échangeur Turcot et le pont Jacques-Cartier. Elle se confond avec la rue Notre-Dame vers l'est et la 20 vers l'ouest.


Tu auras observé (ou peut-être pas):

  • Que le Pont Champlain porte à la fois la 10, la 15 et la 20 sur la même chaussée.
  • Que les numéros de route pairs sont parallèles au fleuve (est-ouest) et que les impairs sont perpendiculaires (nord-sud)
  • Que l'Échangeur Turcot et l'Échangeur Décarie sont des points névralgiques cruciaux pour Montréal.
  • Que l'Échangeur Turcot est une horreur indescriptible.  C'est à croire que tous les bons ingénieurs civils étaient partis rejoindre Jean-Louis dans le grand nord pour construire les barrages hydroélectriques quand ils ont lancé ce projet routier.  C'est tellement mal fait que la circulation est en sens inverse (comme en Angleterre) sur la portion de la 20 qui le relie à Lasalle.



J'ai un peu exagéré, mais presque pas.  Avec moins de voitures et une meilleure offre de transports en commun, la ville se porterait mieux.  Je n'ai aucune crainte que ça s'améliore avec le temps, car j'ai pleinement confiance aux décideurs de demain qu'on croise à la bibliothèque du collège et les arénas de la province.

C'est E qui vient après DE comme dans Euhhh, kessé que je voulais dire donc ?


23 août 2014

A pour Anglais


Anglais.  Drôle de mot pour commencer, mais tu verras qu'avec les mots, on peut arriver à faire des liens et arriver à des informations plus utiles qu'on aurait cru au départ.

Autrefois, les gens faisaient volontiers le raccourci suivant à propos de Montréal: Les Anglophones à l'Ouest et les Francophones à l'Est.  Ce n'était pas tout à fait faux dans le passé et c'est encore un peu vrai aujourd'hui. Cette dichotomie remonte à assez loin et se sur-simplifie très facilement.  Les Anglais, suite à leur conquête du territoire en 1759 ont investi l'espace politique et social.  L'essor industriel de l'époque a stimulé l'entrepreneurship et les leaders anglophones de l'époque (Molson, Seagram et leurs amis) ont vite pris le haut du pavé.  Les canadiens-français (comme on disait jadis) étaient victimes d'une ségrégation peu subtile,  surtout qu'ils étaient engoncés dans un catholicisme intégriste qui les poussait à faire des enfants à la pelle et tourner le dos au péché du profit. Donc, au 19e siècle et jusqu'à la moitié du 20e, à Montréal, Anglais = Riche et Français = Pauvre et exploité (à moins d'être devenu curé, médecin ou notaire). 

Comme c'est toujours le cas (à l'exception des favelas de Rio), les riches préfèrent l'altitude. Ils ont donc surtout construit leurs domaines sur les terrains plus élevés autour de la montagne (à l'ouest) et les pauvres canadiens-français, nés pour un p'tit pain, se sont entassés à l'est autour des usines où ils étaient exploités comme ouvriers sous-payés sans chance de promotion.  Les vents étant prédominants de l'ouest, il est logique de construire les usines fumantes à l'est d'une ville, surtout que les riches ne veulent pas de boucane autour de leur cabane.  On trouve bien sûr aujourd'hui une zone industrielle au sud de l'île, bien visible lorsqu'on entre par l'autoroute Bonaventure (10), mais c'est relié à la fonction portuaire de la ville et ses émanations s'évaporent au dessus du fleuve.

Cette division linguistique s'est un peu évanouie au fil du temps.  L'université de Montréal et les HEC ont fini par remettre des diplômes en science et en commerce. La révolution tranquille (1960) a fait graduellement disparaître la discrimination des francophones, qui honnêtement se l'infligeait en grande partie en baissant la tête devant les curés. Aujourd'hui, il n'y a vraiment que l'extrême-ouest de l'île qui respire en Anglais à 100%.  Dollard-des-Ormeaux (DDO), Pointe-Claire, Beaconsfield sont tous des ghettos anglophones purs et durs qui ont aussi leurs équipes de hockey (pay back time pour les francos).  En passant, si jamais tu deviens politicienne, je te conseille fortement de te présenter pour le parti Libéral dans un de ces comtés de l'ouest de l'île.  Tu n'aurais même pas à faire campagne, ni même à mettre des pancartes, car ces gens là voteraient pour une borne-fontaine, en autant que ce soit sous la bannière du parti Libéral.

Cela dit, l'ouest du centre-ville conserve tout de même des racines anglophones profondes.  Disons qu'à l'ouest de McGill, autour des rues Peel, Metcalfe, Stanley, Crescent (et ça se gâte dépassé Atwater), il n'est pas rare de se faire recevoir et servir en anglais dans les commerces.  Verdun et Lasalle échappent à cette généralisation, mais sinon, il faut insister pour acheter une paire de jeans (ou une brassière) en français.  Je suis d'avis qu'il faut insister et voter avec ses pieds si on refuse de nous servir en français (à moins de vouloir à tout prix pratiquer son anglais).

Parlant d'est et d'ouest, ça m'invite à faire un peu d'orientation générale (ah, enfin le lien).  Premier repère important, le Boulevard St-Laurent traverse l'île du Sud au Nord.  C'est là qu'on partage l'est de l'ouest.  Ainsi, pour toutes les rues orientées est-ouest, la numérotation se fait à partir du Boulevard St-Laurent.  Par exemple, si on te donne l'adresse 850 rue Jean-Talon Est, ça se situe à l'est du Boulevard St-Laurent.  À ne pas confondre avec 850 Jean-Talon Ouest, qui se trouve évidemment à l'ouest de St-Laurent.  Ça l'air niaiseux comme explication, mais comme tu n'est pas la championne gauche-droite, je prends le temps de l'expliquer.  Ainsi, ne laisse jamais quelqu'un te donner une adresse incomplète (sans le E ou le O pour les rues est-ouest), car tu pourrais te retrouver à quelques km de ta destination (au prix des tickets d'autobus, c'est non-négligeable).  Il n'y a pas cette séparation pour les rues sur l'axe nord-sud.  Simplement, la numérotation des portes augmente en s'en allant vers le nord.  Si tu as 10520 rue St-Denis, c'est plus beaucoup plus au nord que 4356 rue St-Denis.




Le centre-ville se situe très bien en se rappelant le cadre suivant (Entouré en noir sur l'illustration).  Le centre de Montréal forme un L à l'envers autour du Mont-Royal.  On peut dire que le Centre-ville est délimité par Atwater (au sud de la montagne) et du Parc à l'ouest, Papineau à l'Est, René-Lévesque au Sud, Sherbrooke (sous la montagne) et Jean-Talon au Nord.  C'est mon idée du centre-ville qui n'est pas délimité aussi nettement pour tous.  Dans cette définition, ça fait que le Centre Bell n'est pas au centre-ville, ce qui est ridicule, mais tout de même, j'aime bien ma définition, et puis merde, c'est moi qui rédige, alors c'est moi qui décide.

Sur l'axe Est-Ouest

  • La Ste-Catherine est sens-unique vers l'est.  C'est l'artère commerciale historique.
  • Maisonneuve, un paté au nord de Ste-Cath est sens-unique vers l'ouest.  C'est l'axe du métro ligne-verte.
  • Un peu plus au nord, sur le plateau de la montagne, la rue Sherbrooke est double-sens
  • Au nord de la rue Mont-Royal, l'intérêt shopping diminue.  Ce qui explique que je l'ai exclu de la carte ci-dessus.
  • Au sud de tout ça, René-Lévesque est l'artère où on trouve les grandes entreprises (Hydro, Desjardins, CGI, Sunlife, IBM, etc)

Sur l'axe Nord-Sud

  • La rue St-Denis est l'artère commerciale francophone cool. La ligne orange suit la rue Berri (un pâté à l'est).
  • La rue St-Laurent est sens-unique vers le Nord (sur une grande portion) et regroupe quelques commerces éclectiques et un potentiel de revitalisation important dans certaines sections qui font un peu pitié.
  • L'avenue du Parc borde la montagne et mène au Stade Uniprix (Tennis et autres plateaux sportifs)
  • La rue Crescent est le rendez-vous des anglos. À noter que les gens s'habillent plus chic pour sortir sur Crescent que sur St-Denis.  Toujours se rappeler que l'habit ne fait pas le moine et que la beauté, c'est dans le coco que ça se passe.
Mes coups de coeur visuels pour le centre-ville:  le coin Mont-Royal/St-Denis d'où on peut voir le Stade Olympique à l'est et le Mont-Royal en se tournant vers l'ouest.  J'aime aussi le coin Ste-Catherine/McGill College où les arbres du terre-plein sont en fleurs au printemps avec l'Université Mcgill en toile de fond au pied de la montagne.  Il y a bien d'autres endroits intéressants, mais je m'en garde pour le reste de l'alphabet.

Voilà pour le premier croquis du centre-ville.  Si tu es le moindrement perspicace, tu remarqueras certaines incongruités.  Mon ami Marc Hébert m'a toujours fait rire avec celle-là: Quand tu arrives de Cowansville par l'autoroute, c'est l'autoroute 10 Ouest.  Cette autoroute se termine au centre-ville au bout de l'autoroute Bonaventure.  Toutes les rues qui croisent par la suite, sont est-ouest.  Mais comme on arrive de l'Ouest, on s'attend que ces rues perpendiculaires soit Nord-Sud, ce qui a longtemps fait croire à Marc que Ste-Catherine était Nord-Sud.  Je pense qu'il serait encore prêt à essayer de m'en convaincre le sacripant.  La carte montre bien que l'île est un peu inclinée et qu'on a choisi d'associer l'axe est-ouest aux rues parallèles au fleuve.

Tu avais appris qu'il y avait le nord géographique (le Pôle), le nord magnétique (qui dévie un peu à l'ouest), eh bien, on en ajoute un autre: le Nord Montréalais alignée sur la flèche du sens unique du Boulevard St-Laurent.  Trop facile...  mais Monia ne l'a jamais compris !

Prochaine station, le B.  B comme Bouffe ?