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17 septembre 2014

O pour Olympiques


Olympiques.  Probablement la lettre la plus facile à deviner.  En anglais, on surnomme le Stade, le "Big O", ça allait de soi...

9 ans après l'Expo (E), la présentation des Olympiques à Montréal en 1976 confirme Montréal comme ville du monde.  L'évènement fût un succès, malgré un stade incomplet avec juste une base de mât.  Ça aurait pu faire la risée de la ville, mais je pense que le succès des compétitions a réussi à occulter ce gigantesque accroc architectural. C'est la Roumaine Nadia Comaneci qui fût la vedette incontestée avec ses performances aux notes parfaites en gymnastique qui était présentée au Forum de Montréal (H), l'endroit tout indiqué pour briller.

Après deux belles semaines de compétitions, la visite retourne chez elle et ça laisse un grand vide. Il a vite été rempli, car le Stade était déjà promis aux équipes professionnelles de la ville.  Le grand vide s'est plutôt fait dans les poches des contribuables.  On pourrait probablement remplir le stade avec les billets de banque qui représentent la facture de la construction du parc olympique.  Pendant la construction, des irrégularités dignes de la Commission Charbonneau ont été observés sur les chantiers, des fournisseurs profitant de l'immensité du projet pour s'y graisser la patte.  Faire 4 fois le tour du chantier avec le même chargement de gravier pour charger le quadruple du prix par exemple.  C'est en 2006 (30 ans après !) que la dernière taxe sur les cigarettes a été retirée pour enfin tirer un trait sur la dette reliée au projet de construction.

Le mât (comme tu peux le voir aujourd'hui) a fini par être complété avec son funiculaire qui permet une jolie vue de la ville.  À sa base, on retrouve les bureaux de plusieurs fédérations de sport amateur et un gymnase hyper moderne pour les athlètes d'élite.  Je te souhaite un jour de le visiter, et peut-être même aussi de l'utiliser (pourquoi pas).  Mais c'est le toit qui a toujours causé de grands maux de tête.  La conception initiale prévoit un toit rétractable qui se loge au sommet du mât.  Le premier toit a fini par être fonctionnel dans les années 90, j'ai même assisté une fois à la rétraction de celui-ci.  Ce n'était pas très rassurant, car on demandait au public de reculer dans les gradins supérieurs en cas qu'un boulon ou autre objet chute pendant le mouvement du toit.  Ça n'a pas fonctionné longtemps, car il a fini par rester fermé définitivement.  On a dû le remplacer et encore aujourd'hui, il ne s'ouvre plus du tout et déchire un peu chaque jour.


Le Stade, c'est le genre de monument qui ne fera jamais l'unanimité.  Plusieurs le trouvent horrible, aimeraient le voir détruit.  D'autres reconnaissent qu'avec un toit fonctionnel, on pourrait le rentabiliser.  Mais personne ne niera que c'est un symbole important pour la ville.  Quiconque aperçoit le stade au début d'un film sait que ça se passe à Montréal.  Malheureusement, comme dans cette entrée de blogue, on se rappelle plus du coût, du toit qui déchire et de l'entretien permanent que des trois semaines où Montréal fût un peu le centre du monde.

Impossible de parler du Stade, sans parler des Expos.  La vie relativement courte de la franchise à Montréal a laissé un souvenir important dans la ville.  Fondé en 1969, le club a quitté la ville en 2004 pour Washington.  On pourrait dire que Patrick et Léo, en assistant à un match des Nationals cet été, ont un peu vu les Expos.  Après les Olympiques, ce sont vraiment les Expos, et dans une moindre mesure les Alouettes, qui ont mis de la vie dans ce grand trou sombre en béton.

Le baseball était beaucoup plus populaire au Québec quand j'étais jeune.  J'ai joué au baseball bien avant de jouer au soccer et comme tu sais, j'ai passé mes étés d'ado à travailler au terrain de balle local de mon village presque tous les soirs comme marqueur et annonceur avec mon frère.  Dans mon petit village de 3000 habitants, il y avait de la balle au Parc des Braves (baseball ou sa variante la balle-molle) 4 soirs sur 7 avec des programmes doubles la moitié du temps.  Parfois, il y avait des tournois la fin de semaine avec plus de 40 équipes venant de partout au Québec.  Malgré cela, très peu de joueurs québécois ont percé dans le baseball majeur.  Contrairement au CH, aux Alouettes et à l'Impact, on peut compter les Québécois qui ont évolué pour les Expos sur les doigts d'une seule main.  Le peu de fois qu'on a vu ça, c'est au poste de lanceur.  Claude Raymond qui a roulé sa bosse avec Chicago, Houston et Atlanta dans les années 60 a terminé sa carrière avec deux saisons avec les Expos où il a connu ses meilleurs moments comme lanceur de relève.  Sa voix est inoubliable, car il est ensuite devenu l'analyste des matchs à la radio et la télévision.  J'ai appris plus tard qu'il était l'oncle de Marc Hébert (encore lui !)

Tout le monde de ma génération se souvient du 19 Octobre 1981.  Les Expos avaient atteint la Série de Championnat de Ligue Nationale, la seule fois de leur histoire.  Ça c'est comme atteindre la demi-finale de la Coupe Stanley, mais avec seulement 4 équipes qui font les séries à l'issue de la saison (c'est plus facile que ça aujourd'hui, mais dans mon temps...).  Je me rappelle encore avoir couru jusqu'à la maison à la fin de mes classes de Sec 2 pour voir la fin du match qui se déroulait au stade en après-midi devant plus de 60000 spectateurs (qui ne travaillaient pas et moi je devais aller à l'école, grrr).  1-1 en 9e manche, Rick Monday des Dodgers frappe un circuit qui mate les Expos dans le match décisif.  On a parlé longtemps du choix du coach d'utiliser un lanceur partant au lieu d'un releveur pour cette 9e manche fatidique, mais c'est un vieux débat.  Je me souviens encore des yeux de Steve Rogers qui regarde la balle qui se dirige derrière la clôture du champ gauche...

Un autre lanceur québécois a fait l'équipe dans les années 90. Après Toronto et Cleveland, Denis Boucher termine sa carrière à Montréal. Il a lancé dans 35 parties au baseball majeur, dont 15 avec les Expos.  J'étais là pour sa première partie au Stade en 1993 comme lanceur partant.  J'aime bien cette anecdote, car elle démontre que l'attrait de Monia comme spectatrice de sport professionnel se limite à me faire le plaisir de m'accompagner et que c'est vraiment un effort par amour.  Je me souviens que nous étions assis le long de la ligne du 3e but.  Pas des excellents billets, mais pas trop mauvais non plus. 48000 spectateurs environ, belle ambiance.  Après 5 manches, ça va très bien pour Denis Boucher, mais c'est à la sixième manche que ça se corse.  Coureurs aux 1er et au 3e, aucun retrait, 2 balles, 2 prises.  Le receveur va au monticule pour calmer le jeu et s'assurer de la stratégie.  Tout le monde est au bout de son siège de plastique.  Monia se lève.  "Où vas-tu ?"  "Aux toilettes." "Na, non, tu peux aller à la toilette là, c'est le premier moment crucial du match, on veut savoir comment il s'en sort"  "Ouain, b'en moi, je vais à la toilette, en plus, il n'y aura pas de ligne d'attente si tout le monde est ici à regarder ce qui va arriver"  "...".  Denis Boucher s'en est sorti sans accorder de points, mais tout ça était réglé quand Monia est revenu de son p'tit pipi...

Exit le stade, c'est tout ce qui l'entoure qui a de l'intérêt.  L'Espace pour la Vie regroupe le Biodôme (ancien vélodrome), l'Insectarium, le tout nouveau Planétarium et le Jardin Botanique.  Tout ça collé sur le Parc Maisonneuve, le  Stade Saputo (Impact) et l'Aréna Maurice Richard (rare aréna québécois avec une patinoire aux dimensions olympiques).  L'Espace pour la Vie est un très beau pôle de vulgarisation scientifique que tu as probablement visité en partie dans une sortie scolaire.  Tu devrais quand même y retourner avec tes yeux plus matures et prendre le temps d'apprécier insectes, plantes, animaux et astres, pendant que tu es si proche de ces merveilles en boîte.

Ça fait le tour du O rempli de vieilles anecdotes de monocle qui rajeunit pas.  On arrive déjà à P.





10 septembre 2014

L pour Levy


Levy.  En anglais, on dit un long-shot.  Mais je ne pouvais pas ne pas parler des Alouettes.  J'ai choisi Marv Levy, car il a été un acteur important dans le succès des Alouettes dans les années 70.

D'abord, comme tu te concentres surtout sur le hockey, j'imagine que tu ne t'es pas penchée souvent sur les fondements du football.  Je vais donc te donner de bons pointeurs pour ne pas avoir l'air folle quand il y aura des partys de la Coupe Grey ou du Super Bowl. Il est bien important de démêler la CFL de la NFL et surtout les règles qui différencient le football canadien du football américain.  Il s'agit bien de deux sports différents.  Le football consiste à faire progresser le ballon jusque dans la zone des buts adverses pour marquer des points.  Un touché par la passe (captée dans la zone des buts) ou la course (avec le ballon jusqu'à la zone des buts) vaut 6 points.  Un placement (botté du ballon entre les poteaux) vaut 3 points.  Pour progresser sur le terrain, l'équipe qui a le ballon a un nombre fixe d'essais pour franchir 10 verges.  À chaque fois que cet objectif est atteint, on reset le compteur au premier essai (first down).  Quand une équipe ne franchit pas 10 verges dans sa série d'essais, elle cède le ballon à l'adversaire qui s'essaye à son tour dans la direction opposée, mais pas avant que l'équipe adverse ait habituellement utilisé son dernier essai pour dégager le ballon à l'aide d'un botté.  Mais diantre, je viens de réaliser que j'explique tout ça pour rien comme tu as déjà joué au flag football. Je n'effacerai toujours b'en pas tout ce texte.

Au football canadien (CFL), le terrain est de 110 verges (il y a une ligne centrale à 55 verges). Au football américain (NFL), le terrain est de 100 verges.  Ça a tout l'air qu'avec une population dix fois moindre sur une superficie plus grande, le Canada peut se permettre un terrain plus grand.  Malgré que le terrain soit plus long au football canadien, c'est seulement 3 essais pour franchir 10 verges contre 4 essais dans la version américaine.  Je me dis qu'on est meilleur que les Américains pour bien faire les choses du premier coup, c'est pourquoi on concède moins d'essais pour arriver au même résultat.  Il y a donc un peu plus de courses au sol dans la NFL avec l'essai supplémentaire. En revanche, on voit plus de changements de possession dans la version canadienne, ce qui brise parfois le rythme, mais provoque aussi des revirements inattendus. Il y a évidemment plus d'argent et de prestige à jouer dans la NFL. La CFL est un peu considérée comme une ligue de consolation pour les joueurs américains tandis que la NFL est un rêve pour les joueurs de l'élite canadienne.  La plupart des joueurs de la CFL cumulent un deuxième emploi pour vivre, même s'ils sont payés pour jouer.


Stade Percival Molson
Tout de même, si on oublie le budget de promotion et le battage médiatique autour de la NFL qui dilue son talent sur 32 équipes, on peut dire que la CFL donne un excellent spectacle avec moins de 10 équipes.  Il y a un quota de joueurs canadiens, ce qui protège l'identité canadienne des équipes et assure un excellent sauf-conduit à nos meilleurs joueurs collégiaux et universitaires.  Les Alouettes, comme toute équipe professionnelle à Montréal évoluent dans l'ombre du CH, mais dans cette position de négligés de l'espace marketing, ils ont toujours bien joué leurs cartes en se rapprochant davantage du public.   Comme avec l'Impact (soccer) d'ailleurs, les joueurs sont très accessibles.  Les fans ont aussi moins de difficultés à connecter avec une idole qui a un salaire dans le même ordre de grandeur qu'eux.  Les Alouettes ont joué dans plusieurs stades dans leur histoire, mais ils jouent la plupart des matchs au Stade Percival Molson en plein centre-ville au pied de la montagne depuis 1998 et ce n'est sûrement pas étranger au succès populaire.

Comme toute équipe, les Alouettes ont connu des hauts et des bas dans leur histoire.  Ils ont remporté 7 Coupes Grey depuis leur première saison en 1946.  Dans les années 80, la franchise fût dissoute, reprise sous un autre nom, les Concordes, pour disparaitre complètement en 1986.  Elle est récupérée en 1996, suite à l'expansion ratée de la CFL aux USA.  L'équipe connaît du succès depuis 2000 et elle a d'ailleurs remporté 3 Coupes Grey depuis 2002.  Mais c'est dans les années 70 que l'équipe a connu son âge d'or, sous la gouverne de Marv Levy.  Le Marv en question est atterri à Montréal en 1973 après avoir été entraineur-adjoint dans quelques équipes de la NFL.  En tant qu'entraîneur-chef, il mène les Alouettes à 3 finales de la Coupe Grey entre 1973 et 1977, chaque fois contre le rival de toujours, les Eskimos d'Edmonton.  Montréal l'emportera deux fois dans cette période.

En 1976, le club déménage au Stade Olympique et établit des records d'assistance pour une équipe professionnelle au Canada avec des foules supérieures à 68000 personnes.  La Coupe Grey de 1977 disputée au Stade fût mémorable.  Il faut se rappeler qu'à l'époque le stade est encore inachevé, sans mat ni toit.  Deux jours avant la finale, une tempête de neige s'abat sur la ville.  En pensant pouvoir nettoyer le terrain la veille du match, l'équipe d'entretien épand du sel déglaçant sur la surface de jeu, mais une forte pluie suivie d'un refroidissement transforme cette soupe de sel en patinoire.  Tony Proudfoot, demi-défensif, a une révélation quand il voit un technicien électrique utiliser sa brocheuse industrielle pour poser des agrafes sous ses semelles pour éviter de glisser.  Tony passe alors à la quincaillerie au petit matin et montre au reste de l'équipe comment transformer leurs crampons d'été en crampons d'hiver pour jouer ce que plusieurs appelaient déjà le Ice Bowl.  Avec cette traction accrue, les Alouettes l'emportent 41-6 sur les Eskimos devant 68300 spectateurs qui ont dû se rendre au match malgré une panne générale du Métro de Montréal et des conditions routières exécrables.  Aujourd'hui le mat est debout, le stade est couvert, mais inaccessible aussitôt qu'il neige avec son toit considéré non-sécuritaire sous le poids des précipitations solides.  Quelle ironie.



Après cette saison 1977, Marv Levy entend le chant des sirènes de la NFL et accepte de diriger les Chiefs de Kansas City pour quelques années avant de prendre la barre les Bills de Buffalo pendant 11 ans de 1986 à 1997.  Il s'inscrit dans l'histoire comme un des deux seuls entraîneurs-chefs à avoir participé à des finales de la Coupe Grey et du Super Bowl; un des rares à cumuler 100 victoires dans la NFL et le seul à avoir diriger une équipe dans 4 Super Bowl consécutifs.  Mais il est aussi célèbre pour les avoir tous perdus.  Eh oui, de 1990 à 1993, les Bills sont finalistes du Super Bowl, mais s'inclinent dans chacune de ces finales.  Marv Levy échangerait probablement toutes ses belles statistiques pour une seule bague du fameux championnat.  Il est maintenant écrivain, vit à Chicago et a informellement conseillé Marc Trestman lorsqu'il était entraineur des Alouettes il y a quelques années.

Tony Proudfoot, l'homme de la brocheuse à crampons du Ice Bowl, a fait carrière comme éducateur physique, notamment au Collège Dawson.  Il est décédé de la Sclérose Latérale Amyotrophique en 2010, mais pas avant s'être impliqué avec la Société SLA du Québec pour créer un fonds de recherche en son nom.  Je pense qu'il aurait beaucoup apprécié la folie du Ice Bucket Challenge de cette été.  Ce fût une belle façon de relayer le ballon de l'entraide, comme l'Ultra Bromont et le vélothon Roulez pour la SLA qui se déroule en fin de semaine avec mes amis Marc, Marco et Phil qui amassent des dizaines de milliers de dollars depuis 4 ans avec leur équipe de Pédaleux.

Tu peux voir les Alouettes au Stade Percival Molson (Métro McGill) au pied de la montagne.  Ce n'est pas leur meilleure année, mais comme moi, tu sais que ce n'est pas terminé tant qu'on n'a pas entendu le sifflet final.

Après avoir plumé les L des Alouettes, on va prendre l'air dans un endroit qu'on M.